Le U 121 ou le sous-marin d'Omonville

La Fiche Technique

Pavillon
Ex-Allemand   
Dimensions
81.25 x 7.42 x 4.22 m
Tonnage
1164 tonnes (en surface)
1512 tonnes (en plongée)
Motorisation
deux moteurs six cylindres diesel de 2400 SHP
 
deux moteurs électriques de 1200 SHP

L’Histoire

_ Un sous-marin dans le large de la Hague ?! Jamais entendu parlé…
_ Mais si, c’est du sérieux, je tiens l’info d’un plongeur de la Royal. Il a déjà plongé dessus. L’épave se trouve sur un fond de 65 mètres !
_ OK, mais t’as la position ?
_ Ouais ! ça la met à six miles dans le nord du port d’Omonville.

Cette conversation avec un ami plongeur remonte déjà à quelques années. Voici comment l’histoire commença.

Après quelques recherches aux archives de la Marine de Cherbourg et sur le Net, je découvris que, le 9 mai 1918, le U-Boot UC 78 fut éperonné et coulé par le transport de troupe QUEEN ALEXANDRA dans le Nord de Cherbourg. La position relevée lors du naufrage était 49°50’N par 1°40’W. La position de notre épave était, quant à elle, à plus de six miles à l’ouest. La distance était importante, mais ce fut ma première piste pour son identification. Mes recherches m’apprirent que les hélices des sous-marins allemands étaient munies de leur numéro d’identification sur le moyeu central. C’était donc l’objectif de ma première plongée sur le « sous-marin mystère ».

Après bien des difficultés et des rendez-vous manqués pour causes diverses (rupture de stock d’hélium, météo capricieuse), notre petit groupe de passionnés d’épaves était sur le pied de guerre ce matin d’un mois de juillet. Malgré la météo une fois de plus minable (vent de force 4, rafales 5), nous décidâmes de partir à la rencontre de cette belle engloutie.

Une fois au fond, c’était par une belle visibilité de plus de dix mètres que l’épave se laissa découvrir pour la première fois.

La rencontre avec l’épave
Le sous-marin, posé sur sa quille, était une épave dans un très bon état de conservation. Son exploration donnait ses premiers indices. Je me dirigeai rapidement vers l’endroit où je devais trouver les hélices. Et oh surprise ! Il n’y avait aucune hélice, pas plus d’arbres d’hélice. La suite de l’exploration montra aussi l’absence de moteur. La soute, remplie de sable, n’avait plus de capot. Dernier point remarquable : l’absence d’armement de canon au niveau du pont…

L’arrière du submersible semblait sectionné au niveau de l’axe des safrans. On y apercevait deux ouvertures qui laissaient penser à de « gros » tubes lance-torpilles. En revenant vers l’avant sur le flanc bâbord, la présence d’impact de tirs permettait d’allonger la liste des indices quant à une future identification. La présence de sable ne permettait pas d’observer l’intérieur du kiosque. La visite continuait avec la moitié avant. Le premier élément remarquable était ce qui ressemblait à une bitte d’amarrage (la suite des recherches permit d’identifier l’embase d’un pied de canon). Quelques coups de palmes et nous arrivions sur l’écoutille servant au chargement des torpilles. Le rostre du navire avait disparu. L’avant de l’épave se terminait au droit des quatre tubes lance-torpilles visibles sur site. Les écoutilles étaient toutes fermées.

Cette première plongée avait permis la rencontre d’une très belle inconnue. L’état de conservation en faisait une plongée de tout premier ordre.

L’enquête continuait

Les recherches tendant à l’identification avançaient. Après analyse des premières images vidéo, la piste du U-Boot UC 78 était totalement abandonnée.

Le constat d’éléments absents lors de la première plongée ne pouvait faire penser qu’à un sous-marin reformé et cannibalisé puis perdu lors d’un remorquage ou coulé volontairement.

Après la victoire des alliés, la Kaiserliche Marine (marine impériale allemande) fut démantelée au profit du camp victorieux. La France devait récupérer près de cinquante-deux U-Boot, mais certains n’arrivèrent jamais en France, perdus lors de leur remorquage. Initialement interné dans le port anglais d’Harwich. Les premiers U-Boot arrivèrent à Cherbourg courant décembre 1918. Tous ces sous-marins n’eurent pas le même destin. Si une dizaine d’entre eux eurent le privilège d’intégrer la Royale, la majeure partie allait disparaître sous les coups des démolisseurs. Pourtant, deux sous-marins allaient avoir un destin tout autre… Ils furent envoyés par le fond en guise de cible au cours de manœuvres de la Marine. Il s’agissait de U 151, de la classe Deutschland, les fameux U-Boot cargos. U 151 fut à l’origine de la première attaque des États-Unis sur leur territoire. Le second submersible était U 121, un mouilleur de mines transatlantique.

Les mesures prises lors des plongées suivantes nous permirent de connaître précisément la longueur de l’épave. Cela permettait d’écarter U 151 de la liste des postulants. En effet, les mesures relevées correspondaient à U 121. La lecture d’un article de la presse locale nous permit d’apprendre la fin de U 121 dans le nord du Cap de la Hague. Et si cela ne suffisait pas, l’analyse de nouvelles images vidéo par les administrateurs du fameux site uboat.net confirma l’identification du submersible de la Kaiserliche Marine. Après presque 90 années passées sous les eaux vertes de la Manche, U 121 pouvait enfin retrouver son nom.

Un peu d’histoire
Commandé dès 1916, U 121 était finalement lancé le 20 septembre 1918 par les chantiers Vulcan de Hambourg. Il s’agissait d’un U-Boot de type UE2, c’est-à-dire un mouilleur de mines transatlantique. Navire de grande taille avec une longueur totale de 81,52 mètres et d’un déplacement en plongée de 1880 tonneaux, sa mission devait être de renforcer le front de la guerre sous-marine en Méditerranée. Suite à la défaite de l’Empire Allemand, U 121 ne rentra jamais en service. Il fut cédé à la France en mars 1919. Interné au port militaire de Cherbourg pendant plus de deux années, la Royale commença son démantèlement en prélevant bon nombre d’élément tel que la motorisation, l’armement ou les éléments de navigation, dont la grande qualité était reconnue.

La fin de U 121 intervint le 1er juillet 1921 lors de manœuvres de la Marine. A cette occasion le préfet maritime, le vice-amiral Barthes, fit le déplacement sur le théâtre des opérations à bord de l’aviso VERDUN. Ces manœuvres se déroulant dans le nord du Cap de la Hague devaient tester l’habileté des canonniers y prenant part. Se joignaient au premier aviso, l’ÉPERNAY ainsi que les sous-marins de la flottille de Cherbourg ROLAND MORILLOT (ex UB 26), EULER, CLORINDE et AMPHITRITE. Une fois le U-Boot en dérive, le carnage pouvait commencer. Les deux avisos le canonnèrent par une pluie d’obus. La précision des tirs fut telle que l’ex sous-marin allemand ne tarda pas à donner de la bande. U 121 fut si rapide à rejoindre sa dernière demeure que les deux hydravions Latham venus rejoindre le théâtre des opérations ne purent larguer la moindre bombe pour envoyer le sous-marin par le fond.

L’Épave

L’excellent état de l’épave en fait une plongée de tout premier ordre. Le sous-marin repose aujourd’hui sur un fond de 63 mètres. Orienté nord/sud, il est posé droit sur sa quille. Les points hauts sont deux gros cylindres se trouvant sur l’arrière du kiosque. Ce dernier remonte d’environ 3 mètres par rapport au pont. On peut noter la présence de plusieurs déchirures sur les flancs de l’épave. En se dirigeant sur l’avant, on tombe très rapidement sur une écoutille ouverte qui permet de voir que le sous-marin est rempli de sable. Sur la proue de l’épave on note la présence des quatre lances torpilles. Une fois arrivé sur l’arrière, on note l’absence des deux arbres d’hélice et des moteurs. La soute où se trouvaient les moteurs est aujourd’hui remplie de sable.

Les Sources

Webographie
Type UE 2 boats – German U-boat Types – U-boat War in WWI – uboat.net

Bibliographie
Innes McCartney Lost Patrols, Submarine Wrecks of the English Channel (Periscope Publishing) P.121
Erich Gröner German Warships, 1815-1945 volume 1 (Naval Institute Press 1990) P.15
Périodiques
Cherbourg Eclair P.1 (27/06/1921)

Cherbourg Eclair P.6 (02/07/1921)

L’Ouest-Eclair P.6 (02/07/1921) édition de Caen

L’Ouest-Eclair P.4 (02/07/1921) édition de Rennes

Cherbourg Eclair P.3 (06/07/1921)

Cherbourg Eclair P.2 (08/07/1921)

Correspondances
Yves Dufeil

Michael Lowrey

Autre
Base de données du SHOM

7120 Listage d’épave

Merci à Matthias Dufour pour le partage des informations 😉

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